Et si le bonheur c'était les autres ? dans Femmes d'Aujourd'hui Belgique




L'histoire des porcs-épics pour comprendre l’un des paradoxes de la vie en communauté et les difficultés relationnelles entre les gens

Connaissez-vous les porcs-épics ? Ce sont des rongeurs d’une quinzaine de kilos, plutôt solitaires, complètement myopes, et dont la vie sociale se limite aux activités reproductives. Ils ont la particularité de se dresser sur leurs pattes arrières, comme les ours, et d’être équipés de piquants qui les protègent des prédateurs et qui sont beaucoup longs que ceux des hérissons. Les porcs-épics vivent dans des régions chaudes ou tempérées. Alors imaginez que, par un plaisir un peu sadique vous déplaciez une famille de porcs-épics dans une contrée glaciaire. Qu’allez-vous observer ? Comme ils ont froid et qu’ils ne sont pas habitués à ça, les porcs épics vont se serrer les uns contre les autres afin de se protéger en partageant leur chaleur réciproque. Mais vous imaginez bien qu’en se rapprochant, ils vont ressentir la douleur des aiguilles de leurs congénères qui pénètrent à l’intérieur de leur chair. Et sans doute qu’ils n’auront même pas conscience de les embrocher eux aussi. Alors comme ils ont mal, ils vont s’écarter les uns des autres pour faire cesser cette souffrance. Mais la bise souffle, le froid redouble et les oblige à se rapprocher de nouveau. Alors les animaux poursuivent ce jeu de yo-yo, ballottés d’un côté entre le plaisir de la présence et de la chaleur de l'autre, et de l’autre, la souffrance provoquée par sa proximité. Jusqu’à ce qu’ils arrivent à trouver la juste distance qui leur permette, à la fois de partager un peu de chaleur, tout en évitant de se piquer mutuellement. Bien sûr la solution n’est pas parfaite, la chaleur n’est pas terrible mais la distance apporte la fin de la sensation pénible. C’est toujours ça !


Transposée à la vie en société, cette petite histoire illustre bien l’un des paradoxes de la vie en communauté et des difficultés relationnelles entre les gens. Parce que nous avons besoin de faire société, d’appartenir à un groupe, de recevoir des marques d’attention et des signes de reconnaissance, d’être aimé. Les autres sont comme une boucle qui nous permet de revenir à nous-même. Bien sûr nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Chez certaines personnes la présence et le regard des autres sont indispensables, tandis que pour d’autres, l’éloignement et la solitude, sont moins angoissants.
Mais, dans le même mouvement, nos congénères représentent aussi une forme de danger parce qu’ils peuvent tenter de nous influencer, de prendre le pouvoir sur nous, de nous pousser à agir contre notre volonté, convoiter nos biens, voire nous déposséder de ce que nous sommes. Nous pouvons devenir dépendants d’eux et de leur chaleur, donc avoir à supporter leurs aiguilles. Et parfois ça fait très mal.

Pas facile n’est-ce pas ? Je pense que tout le monde se retrouve un peu dans ce flottement entre désir d’intimité et recherche d’autonomie ? Il y a là un équilibre à trouver, une respiration à prendre, dans laquelle chacun apporte sa présence et sa richesse à l’autre, mais sans sacrifier ce qu’il est, sans se fondre dans l’autre.

La qualité de nos relations influence notre état de santé et notre bien-être

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs expériences conduites dans un cadre universitaire aux États-Unis ont mis en lumière un rapport étroit entre la qualité des relations que les gens entretiennent avec leurs proches, leurs amis, leurs familles et leur santé, leur longévité et leur bien-être. Les chercheurs en sciences sociales et en biologie qui se sont intéressés au phénomène ne disposent pas encore aujourd’hui d’une compréhension très précise des mécanismes qui sont en jeu, mais ils relèvent une forte association causale entre les relations sociales et l’équilibre physiologique et psychologique des personnes.

Ainsi donc, nos relations, même si elles ne sont naturellement pas les seuls facteurs, influencent de façon déterminante notre santé, notre sentiment de bonheur et de sérénité. Les chercheurs ont établi, par exemple, que l’isolement augmentait les risques d’inflammation et constituait un facteur d’hypertension et de perte d’énergie ; que les personnes qui avaient peu de relations avec les autres, ou qui vivaient dans des systèmes relationnels conflictuels ou perturbés, développaient davantage de maladies chroniques et que leurs systèmes immunitaire, cardiovasculaire et métabolique étaient affectés.
En revanche, les personnes qui évoluaient dans des environnements relationnels de qualité, qui se sentaient aimées, reconnues et soutenues par leurs proches, leur conjoint, leurs enfants, leurs amis, ressentaient moins les effets du stress, étaient moins sujettes à l’obésité et moins vulnérables à la maladie. La qualité relationnelle peut retarder l’apparition de la maladie, ralentir, voire stopper sa progression. Elle allonge l’espérance de vie et diminue le fardeau de la souffrance avant la mort.

C’est tout de même loin d’être un détail !


EN LIBRAIRIE LE 17 OCTOBRE

Et si le bonheur c'était les autres ?

« L’homme est un loup pour l’homme », « L’enfer c’est les autres », ces sentences claquent comme des coups de fouet. Tour à tour pervers, double, menteur, l’autre suscite la méfiance et on imagine mal qu’une personne douée de lucidité puisse faire confiance à ces oiseaux-là !
Et si cette vision était absurde ? Et si les autres contribuaient pour de bon à notre santé, à notre équilibre et à notre bonheur ? C’est en tout cas la conclusion de nombreuses études qui démontrent que la qualité de nos relations prédit la manière dont nous allons vivre et vieillir. De quoi nous convaincre d’en prendre soin !



 EN LIBRAIRIE LE 17 OCTOBRE 2018

Les armes cachées de la manipulation

Pouvez-vous nous faire le portrait-robot du manipulateur classique ?

Je crois utile de préciser que le monde n’est pas séparé entre, d’un côté les méchants, manipulateurs, pervers, psychopathes, vampires, prédateurs, et de l’autre les gentils, victimes naïves, idéalistes ou proies faciles. Les relations totalement transparentes n’existent pas. A des degrés divers, nous sommes tous un peu manipulateurs, (même si nous sommes convaincus que les autres le sont plus que nous) et nous sommes aussi tous manipulés par eux. La raison est très simple : nous ne sommes pas des machines, par conséquent, il y a toujours au deux sens du terme du jeu (et du je) dans nos relations. C’est aussi ce qui en fait la richesse. J’attire au passage votre attention sur le fait que, sur cette question, nous vivons dans une société très schizophrène qui fustige les manipulateurs dans les relations interpersonnelles alors même que la manipulation est partout présente, dans le monde politique, les affaires, la diplomatie, la publicité, les médias, le secteur de l’entreprise... Mais il est exact que certaines personnes utilisent la manipulation de façon plus systématique. Ces personnes appartiennent généralement à quatre catégories :

1. Les manipulateurs intéressés
Ils vous utilisent pour servir leurs propres intérêts, obtenir quelque chose, un avantage, un bénéfice personnel. Il n’y a pas de volonté de vous atteindre, de vous faire du mal, ils veulent juste tirer profit de vous, sans se soucier vraiment de vos besoins. Le cas typique est le vendeur de cuisine qui veut vous vendre très cher une cuisine dont vous n’avez aucune utilité. C’est ce que j’appelle une manipulation intéressée. Elle est très fréquente dans les sociétés ultra-compétitives dans lesquelles nous vivons.

2. Les manipulateurs involontaires
Ils vous manipulent par ignorance, peur ou maladresse. Là encore, il n’y a pas d’intention de nuire, même si dans la réalité ces comportements peuvent être dévastateurs pour la personne manipulée. Mais ces gens-là ne savent pas comment se comporter autrement. Ils n’ont pas appris à communiquer de façon simple et authentique. Ils ne parviennent pas à dire clairement les choses, alors ils utilisent des moyens détournés, ils mentent, déforment les événements, jouent sur vos sentiments pour obtenir quelque chose de vous. Ils peuvent aussi vous manipuler parce qu’ils ont peur de vos réactions. Le cas typique est l’enfant qui ment pour éviter de se faire gronder. C’est ce que j’appelle une manipulation involontaire parce qu’elle n’est pas réfléchie. Elle est également très fréquente parce que toutes les personnes n’ont pas été éduquées à communiquer de façon saine.

3. Les manipulateurs pervers
Ce sont ceux dont on parle le plus et qui sont fort heureusement les plus rares. Mais ils sentent le soufre, ce qui leur donne une certaine aura médiatique qui contribue à leur développement puisqu’ils semblent se multiplier proportionnellement au nombre d’émissions et de publications qui leur sont consacrées. Cela a au moins le mérite de faire marcher le commerce ! Ceux-là vous manipulent pour prendre le pouvoir sur vous et vous soumettre à leurs volontés. Il s’agit d’une véritable entreprise de déni et de destruction de la personne manipulée qui se voit réduite à l’état d’un objet. L’individu qui manipule alterne l’admiration et le dénigrement, la séduction et le rejet, la mise en confiance et la suspicion, la clarté et le mensonge. Le but est de déstabiliser la personne qui est en face, de l’amener à douter de ce qu’elle a observé, à douter de ses perceptions, de ses émotions et de ses sentiments, à faire en sorte qu’elle ne sache plus comment agir ni quelle attitude adopter, parce que rien ne convient jamais aux yeux de celui qui manipule. L’objectif est de la déshumaniser et de l’asservir. C’est très dangereux pour la personne manipulée, surtout si elle est très attachée à la relation parce qu’elle voudra toujours conserver le lien et elle pensera que c’est elle qui est totalement responsable des problèmes. Là, il y a urgence à intervenir. Le cas typique est la manipulation perverse dans les relations conjugales ou amoureuses qui peuvent aller jusqu’à la mort du conjoint manipulé. C’est ce que j’appelle une manipulation méchante parce qu’elle vise à faire mal, à assujettir l’autre. Même si elle reste assez rare, la manipulation perverse fait des ravages terribles.

4. Les manipulateurs bienveillants
Enfin il existe une quatrième catégorie qui concerne les gens qui utilisent la manipulation de façon bienveillante pour servir les intérêts de la personne manipulée, l’aider à se défaire d’une addiction, l’éduquer, la protéger, la sauver même. Vous voyez, quand on parle de la manipulation on évoque des choses très différentes. La manipulation n’est pas toujours absolument toxique, mais elle peut aussi devenir mortelle.


Quelles sont les personnes ciblées par le manipulateur et pourquoi ?

Cette question ne concerne pas tout ce qui relève de la manipulation involontaire, non consciente, que les gens pratiquent par habitude et dans laquelle ils n’ont pas clairement d’intention ni de cible. Les manipulateurs par intérêt, tout comme les manipulateurs pervers, quant à eux, vont naturellement privilégier les personnes avec qui ça marche, celles qui entrent dans le jeu et ne nourrissent. Si la réponse de la « cible » n’est pas conforme, si le piège ne fonctionne pas, alors la manipulation s’interrompt d’elle-même. C’est pour cette raison que je suis convaincu que tout le monde devrait s’instruire pour apprendre à identifier les pratiques manipulatoires et leur degré de dangerosité, au lieu de voir des manipulateurs à tous les coins de rue. De cette manière, la manipulation cesserait d’être un problème. Chacun pourrait choisir d’entrer dans le jeu, par curiosité, ou de le quitter parce qu’il devient mauvais, quoi qu’il en soit, il disposerait des outils pour cesser d’alimenter le système.

Mais pour répondre à votre question : les personnes très manipulatrices ont une préférence pour les gens qui sont pressés et qui prennent des décisions rapidement, sans trop réfléchir aux conséquences. Ils privilégient ceux qui ont du mal à changer d’avis et qui persistent dans leur choix, même si ce sont de mauvais choix. Ils apprécient aussi les personnes qui s’engagent facilement et qui se font un point d’honneur à respecter leurs engagements. Et puis il y a aussi les gens qui fonctionnent de façon automatique ou qui se font gruger par les apparences, les beaux costumes, les grands diplômes, les uniformes. La palette est très large. Il y a aussi les personnes qui ne sont pas sûres d’elles, qui ont une mauvaise image d’elles-mêmes, qui doutent, qui s’inquiètent, qui ont excessivement besoin d’amour, de reconnaissance... Au fond tout le monde a quelques failles qui rendent la manipulation possible. Mais je crois qu’il faut dire aux personnes victimes de manipulation qu’il n’y a pas de honte à cela : elles ne sont pas plus naïves ou stupides que les autres. Mais elles doivent refuser d’adopter le rôle de la victime et agir pour lutter contre ce qui leur fait mal.


Pouvez-vous nous délivrer quelques règles d'or à mettre en œuvre pour arrêter d'être manipulé par les autres ?

Je crois qu’il est impossible d’arrêter d’être manipulé par les autres, la manipulation est indissociable de la communication et toutes les manipulations ne sont pas dramatiques. Inutile donc de lancer une nouvelle offensive du style #balancetonmanipulateur. A ce rythme nous finirons par vivre toutes nos relations sur le registre de la névrose et de la méfiance. Nous sommes déjà bien engagés d’ailleurs dans cette voie... Ceci étant dit, quelques règles peuvent être observées.

1ère règle
Développez votre sens de l’observation et votre lucidité en étant attentif à la façon dont fonctionnent vos relations, notamment lorsque vous ressentez un malaise ou que votre petite voix vous indique qu’il y a un problème, quelque chose qui sonne faux.

2ème règle
Évitez au maximum de prendre des décisions ou de faire des choix trop rapides. Ne vous engagez pas à la légère - surtout lorsque les enjeux sont importants - et sachez revenir sur vos décisions ou vos choix quand leur conséquences ne correspondent pas à ce que vous attendiez.

3ème règle
A froid, fixez-vous des limites entre ce qui est pour vous acceptable et ce qui ne l’est pas et apprenez à dire « non », « stop », « j’arrête ». Ces mots ne sont pas dangereux pour vos relations et s’ils le deviennent c’est peut-être une chance pour vous.

4ème règle
Débrancher votre pilotage automatique en cas d’avarie, suspendez vos conditionnements et méfiez-vous des actions que vous effectuez par simple habitude, parce que c’est une faille que certaines personnes peuvent utiliser contre vous. Ne surestimez pas non plus votre liberté : même si vous avez la conviction d’agir de votre propre chef, vous n’échappez pas aux influences de votre environnement.

5ème règle

Apprenez à mieux vous connaître, à comprendre comment vous fonctionnez et à identifier les lieux, les situations, les personnes qui augmentent votre taux de sensibilité à la manipulation

6ème règle
Considérez les 5 premières règles comme des indications, pas comme des dogmes. Chaque relation est une expérience unique et - encore une fois - il serait dommage de vivre ses relations dans la méfiance permanente et de suspecter tout le monde de vouloir vous manipuler ou vous abuser. Le monde est aussi peuplé de gens aimables et bienveillants !

Cet article est une reprise augmentée d’une interview donnée par Christophe Carré au journal italien Repubblica.

Le armi nascoste della manipolazione di Christophe Carré

A volte, non solo non ci rendiamo conto di essere manovrati, ma non siamo neppure consapevoli che noi stessi adottiamo strategie per influenzare ed esercitare un controllo sugli altri per persuaderli, in modo più o meno trasparente, a pensare o fare ciò che vogliamo, magari senza cattive intenzioni o senza essere machiavellici. Perdiamo di vista che, nel gioco delle parti, carnefici, vittime e salvatori si alimentano e sostengono a vicenda.
Lo spiega bene Christophe Carré, uno dei maggiori esperti di questi temi, il quale, senza demonizzazioni e con grande perspicacia, esplora qui le dinamiche e le modalità manipolatorie che ciascuno di noi – chi più, chi meno – sperimenta nel lavoro, nei rapporti di amicizia, in amore e nella relazione con i figli. Lo fa integrando molteplici contributi delle scienze umane e della psicologia sociale, grazie ai quali suggerisce come riconoscere e scardinare il gioco della manipolazione, usarne con intelligenza gli strumenti e imparare a comunicare e agire senza barare.
• Perché ci lasciamo facilmente influenzare?
• Perché finiamo col dire di sì?
• Quali sono le strategie più ingannevoli?
• Chi sono i manipolatori più pericolosi?
• Come evitare di cadere nella loro rete?
E se anche noi, senza rendercene conto, lo fossimo?
Per interesse, perversione o per errore, ma a volte semplicemente a fin di bene, la manipolazione è ovunque. Perché tutti, in fondo, manipolano tutti!